01 Oct
01Oct

Par Vuk Radic

Ma revue de montre : L'essence de la Elka x Ace Jewelers Série D, ou le minimalisme perfectionné« Faire simple peut être plus difficile que faire complexe : il faut travailler dur pour clarifier sa pensée afin de simplifier. Mais cela en vaut la peine, car une fois qu'on y parvient, on peut déplacer des montagnes. » Ce n'est pas de moi, je ne suis pas si profond. C'est de Steve Jobs. Et s'il y a bien une personne qui sait ce que l'on peut accomplir avec une approche minimaliste du design produit, c'est lui, qui a littéralement changé le monde en introduisant le premier iPhone en 2007. À l'époque, les leaders de l'industrie se moquaient de l'iPhone parce qu'il n'avait pas de clavier physique, contrairement au BlackBerry. Certains critiquaient même l'absence de stylet. Au lieu de cela, l'iPhone était un monolithe de verre noir, interrompu par un seul bouton. C'était, nous le savons maintenant, la seule voie logique, mais l'industrie est parfois si figée qu'elle ne voit pas ce qui est le mieux pour elle.Pour mettre ce minimalisme en perspective, il est utile de voir ce que Jony Ive, le designer légendaire d'Apple, en disait : « Pourquoi supposons-nous que le simple est bon ? Parce qu'avec les produits physiques, nous devons sentir que nous pouvons les dominer... La simplicité n'est pas juste un style visuel ou l'absence de désordre. Cela implique de creuser dans la profondeur de la complexité. Pour être vraiment simple, il faut aller très loin. »Il faut comprendre profondément l'essence d'un produit pour pouvoir supprimer les parties qui ne sont pas essentielles. C'est tout ce qu'il y a à savoir sur le bon design. Si vous possédez cette compréhension, vous êtes presque certain de créer un produit magnifique. Et le fait est que Hakim El Kadiri et Alon Ben Joseph possèdent cette compréhension. Le résultat est une montre qui n'a cessé de me surprendre : la Elka x Ace Jewelers Série D Essence, une expression véritablement minimaliste.

Mais d'abord, qu'est-ce qu'Elka ?

Bien qu'elle ne soit pas encore un nom connu de tous, c'est une marque assez jeune (lancée en 2022) qui fabrique des montres uniques. J'ai été époustouflé par l'idée d'une montre de plongée "lacustre", dont le simple concept me transportait instantanément dans un décor alpin. Fondée par Hakim El Kadiri, le nom de la marque est le fruit d'un coup du destin. El Kadiri a emprunté son propre surnom — Elka — pour sa marque, avant de réaliser lors du dépôt de brevet qu'une maison Elka Watch avait déjà existé. Cette ancienne manufacture, nommée d'après Eduard Louis Kiek d'Amsterdam, était réputée pour ses designs forts et ses collaborations avec Ulysse Nardin, Heuer ou Rolex. Elle a disparu vers la fin des années 60, l'époque qui obsède justement Hakim. On peut donc voir la nouvelle Elka comme la continuation spirituelle de l'ancienne.De l'autre côté, il y a Ace Jewelers, détaillant familial basé à Amsterdam, représenté par Alon Ben Joseph, l'une des personnalités les plus positives de l'industrie et co-hôte du podcast The Real Time Show. Ace excelle dans les collaborations, et celle-ci ne fait pas exception.

L'esthétique de l'essentiel

Cette montre est tellement dénuée de détails superflus que nous pouvons observer chaque élément avec précision. Basée sur la Série D classique, elle utilise un boîtier rond très simple, entièrement poli, avec des cornes incurvées qui lui donnent un air de montre habillée. Cependant, une fois au poignet, l'illusion change. Même sur mon poignet de 21 cm, j'ai remarqué sa présence. Elle mesure 40,8 mm de large, mais grâce à son épaisseur de 10,8 mm et sa distance de corne à corne de 46,5 mm, elle passe très bien sur tous les types de poignets.Le minimalisme permet de se concentrer sur le verre : un saphir de type Chevé box hautement bombé. Dans les années 60, on utilisait du plexiglas pour obtenir cette forme, car le saphir synthétique ne peut pas être moulé ; il doit être taillé dans la masse, une tâche colossale pour un matériau aussi dur. Le résultat est fantastique.

Un cadran hypnotique

Le cadran est sans doute l'un des meilleurs dans la catégorie des moins de 5 000 €. C'est un dégradé de bleu pur, absolument fascinant. Il change radicalement selon la lumière, passant d'un bleu liquide et pailleté au soleil à une teinte plus pâle, presque grise, à l'intérieur. Le dégradé est une perfection absolue, rendant le cadran plus profond qu'on ne l'imaginerait. À part le logo Elka Watch Co, la mention « automatic » et un « Swiss Made » presque invisible, il n'y a rien d'autre. Les aiguilles bâtons polies sont légèrement courbées pour épouser la forme du cadran.

Le mouvement et le bracelet

La montre est équipée du calibre La Joux-Perret G100 automatique. C'est une version suisse de la série Miyota 9000, compatible avec les dimensions des ETA 2824. Il bat à 4Hz et offre une réserve de marche impressionnante de 68 heures. Le seul bémol est le bruit du rotor unidirectionnel, assez présent, mais on s'y habitue vite. Le bracelet en cuir nubuck de couleur camel complète parfaitement le cadran bleu.

Conclusion

Cette montre est passée sous les radars, ce qui est une aubaine. Malgré une édition limitée à seulement 25 exemplaires, son look rafraîchissant et son cadran exceptionnel pour un prix de 1 625 € (hors taxes) en font une pièce rare. On peut trouver des montres moins chères, mais un cadran de cette qualité à ce prix ? J'en doute.

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