by Vincent Deschamps
Elka Arinis AF02-1202 Review | Mainspring Watch Magazine
Cela faisait bien longtemps que nous n'avions pas parlé du renouveau d’une marque. Non pas que nous nous en désintéressions ou que nous en soyons lassés, mais simplement parce qu’il n'y en avait aucun qui soit digne d’intérêt. Nous apprécions tous les belles histoires de grands retours qui se révèlent grandioses sur grand écran, mais c’est rarement le cas lorsqu’il s’agit d’horlogerie. En effet, le comment et le pourquoi de ces résurrections ne correspondent généralement pas à l’idée romancée que l'on s'en fait. Il est rare que les nouveaux propriétaires d'une marque aient le moindre lien avec les fondateurs d'origine ; ils n’ont aucun lien de parenté et ne se sont en réalité jamais rencontrés, car les droits d’un nom de marque sont bien souvent rachetés à un groupe d’investissement qui l'avait acquis en premier lieu pour se faire un billet ou deux. Dans la plupart des cas, la nouvelle version de la marque ne possède même pas de véritables archives, de vieilles pièces entassées dans des cartons ou de dessins inachevés de collections remarquables. Ce qui se passe généralement, c’est que le nouveau propriétaire crée des montres inédites à partir de modèles vintage, et fait de son mieux pour concevoir un produit qui imite le charme des originaux.
Voici la suite de la traduction en français, fidèle au ton rythmé, passionné et technique de Vincent Deschamps :« Puis, il y a Elka et un gentleman du nom de Hakim El Kadiri. Je parie votre argent de poche (ou votre fonds de retraite) que vous n'avez jamais entendu le nom d’Elka. La marque est issue d’une famille d’horlogers hollandais qui a débuté en 1877 en créant une montre tactile pour les aveugles, avant d'être officiellement établie en 1913 pour devenir l’"Horloger de la Reine" des Pays-Bas. Elle compte, parmi ses succès, l’invention d’un verre de montre en plastique incassable en 1925. Pour faire court, Elka a été dirigée par la famille fondatrice Kiek de 1877 jusqu’à la fin des années 1970, époque où elle a périclité en raison de l’avènement des garde-temps à pile. Le nom Elka a été préservé pendant deux décennies avant d’être adopté par M. El Kadiri, dont le surnom d’enfance était — je ne plaisante pas — la contraction de son nom de famille : Elka. Comme il le souligne à juste titre, M. El Kadiri n’est pas lié à la marque d'origine, mais souhaitait simplement honorer son passé en faisant revivre ce nom. M. El Kadiri n’est d’ailleurs pas un inconnu dans l’industrie horlogère, puisqu’il a travaillé auparavant dans la gestion de produits pour une petite entreprise appelée le Swatch Group.Voilà pour la leçon d'histoire. Parlons maintenant de l'atypique Arinis AF02-1202.
Ce caméo historique nous apprend que le passé de la marque Elka originale était rien de moins qu'extraordinaire et hautement inhabituel. Ce n’est en effet pas tous les jours que l’on entend parler d’une marque, et de ses fondateurs, ayant été les pionniers de technologies ou de styles de montres qui ne proviennent pas de Suisse (même si Elka a ouvert une succursale à La Chaux-de-Fonds en 1949 — un dernier fragment d'histoire) et dont le nom ne rime pas avec Apex, Cretin ou Alalunga. (S'il vous plaît, dites-moi que vous avez deviné à quelles marques je fais référence !) Non, à la place, Elka semble avoir toujours suivi ses propres traces, ce qui rend l’étude de la marque de M. El Kadiri encore plus fascinante à mes yeux, et ce pour deux raisons. Premièrement, parce que je n’ai pas trouvé beaucoup d’exemples de montres Elka vintage sur le web, à l'exception d'une montre de poche en or avec une échelle militaire, d'une montre d'homme rectangulaire de l’époque de la Seconde Guerre mondiale et de quelques chronographes asymétriques aux complications inhabituelles. Deuxièmement, parce que les collections contemporaines d’Elka ne ressemblent à rien d’autre sur le marché.Comprenez bien : pour une marque fondée à l’origine en 1913, la corrélation entre la rareté des modèles vintage sur Internet et le langage de design sur mesure d'Elka aujourd'hui est intrigante.Et cela semble expliquer pourquoi et comment M. El Kadiri a positionné sa marque : rendre hommage à la culture unique de l’Elka originale — celle de faire les choses différemment — sans pour autant rééditer des collections passées, tout en insufflant aux siennes une personnalité singulière. Ce qui nous amène à l'Arinis AF02-1202, une sorte d’ovni dans l'horlogerie du XXIe siècle, car elle est dotée d'un style qui lui est propre tout en étant une véritable montre de plongée. Le premier point d'intérêt réside dans son boîtier en acier inoxydable aux dimensions modérées, mesurant 41 mm de diamètre, 46,5 mm de corne à corne (lug-to-lug), 11,85 mm d'épaisseur et doté d'une largeur d'entre-corne de 20 mm. Grâce à une couronne vissée de 5,9 mm généreusement crantée et entièrement polie, ainsi qu'à un fond de boîte vissé superbement décoré, l’Arinis affiche une étanchéité amplement suffisante de 200 mètres, ce qui la rend adaptée à toute activité humaine, y compris l'exploration spatiale. Le boîtier offre une belle présence au poignet tout en restant confortable à porter — il présente les dimensions parfaites d'une plongeuse moderne pour un poignet idéal de 16,5 cm (6,50”).Ce que j’ai omis de mentionner sur l’Elka de M. El Kadiri, c’est la nature suisse de la marque, dont le siège se trouve à Neuchâtel, l’un des berceaux de l’horlogerie traditionnelle helvétique. Cela explique en partie pourquoi l’Arinis porte l'inscription "Swiss Made" sous l'index de six heures et s’équipe d’un calibre La Joux-Perret G100 (4Hz / 68 heures de réserve de marche), devenu une petite star parmi les marques micro et indépendantes. Au-dessus du cadran, on trouve un verre saphir bombé de style "chevé" (un nom qui fait référence à un processus de fabrication complexe permettant de réaliser des cristaux de saphir bombés plus grands que d'ordinaire) au profil large et délicatement incurvé, équipé d'un traitement antireflet interne. Tout autour se déploie un insert de lunette en céramique noire dont les marquages ont été incisés puis remplis de Super-LumiNova teinté vintage, que l'on retrouve également généreusement appliqué sur les aiguilles et imprimé sur les index des heures. Cerise sur le boîtier : la lunette unidirectionnelle de 120 clics est ultra-précise, ne présente aucun jeu arrière et s'aligne parfaitement avec le cadran.
C'est le moment idéal pour vous révéler combien de dollars de l’Oncle Sam vous devrez retirer de votre budget montre pour acquérir l’Elka Arinis : 2 262,50 d’entre eux. Je sais ce que vous pensez : ce n'est pas de la petite monnaie pour une plongeuse provenant d’une marque dont vous n’avez jamais entendu parler. Et c’est le blocage mental auquel nous sommes tous confrontés lorsque nous découvrons une nouvelle montre d’une "nouvelle" marque, même si nous trouvons le modèle très attrayant et, jusqu'ici, mécaniquement très solide, comme toute bonne montre de plongée se doit de l'être. Le marché de l'horlogerie est tel aujourd'hui qu'il existe de nombreuses options d'instruments de plongée affichant des spécifications similaires pour moins cher, et j'en ai passé ma bonne part en revue sur Mainspring et ailleurs. Cependant, je vous invite à considérer l'hypothèse suivante : comme nous l'avons répété maintes fois dans ce magazine, il faut parfois accepter de payer un peu plus pour obtenir un design sur mesure, surtout lorsque l'esthétique de la montre s’accompagne d’une base technique solide. C’est ce dont nous allons discuter.Dans certains cas, comme nous l’avons vu avec la Terra Titanium de la Delhi Watch Company, sortir de la norme s’accompagne d’un prix dérisoire parce qu’il faut prendre en compte le pays d'origine de la marque. Plus on déplace l'aiguille de la boussole vers l'ouest sur la carte, vers des pays riches et développés, plus les montres deviennent chères, car le coût de la vie et de la fabrication y augmente de manière exponentielle. Gardant cela à l'esprit, étudions le design unique de la Elka Arinis et les éléments qui pourraient appuyer l'hypothèse mentionnée plus haut, en commençant par le boîtier. Il a immédiatement attiré mon attention par son profil unique (que l'on retrouve sur la plupart des collections d'Elka), structuré autour de larges cornes angulaires qui se courbent vers l'intérieur à la naissance du boîtier, et s'écartent du poignet par un biseau poli qui court jusqu'aux flancs inférieurs de la carrure. Cette dernière est extrêmement étroite en son centre et s’évase là où elle rencontre les cornes. Au-dessus de la carrure, Elka a placé un chanfrein poli qui rejoint la base de la lunette.Plus précisément, la section polie s’incline vers l’intérieur tandis que la lunette s’incline vers l’extérieur, créant une séparation visuelle entre les deux tout en permettant une prise en main facile de la tranche cannelée pour actionner la lunette. Cette dernière est tout à fait superbe à mon avis, exhalant des vibrations de Blancpain Fifty Fathoms des années 1950 (que je n'ai évidemment jamais passée en revue) grâce à son insert en céramique polie où les incréments de 10 minutes s'affichent par une alternance de chiffres arabes et de bâtons, de fines lignes courbes venant souligner les 15 premières minutes. Ce qui nous amène à découvrir le cadran et ses nombreuses pépites visuelles. À sa périphérie, on découvre un chemin de fer des minutes entièrement gradué, imprimé en noir brillant et accompagné de triangles jaunes toutes les cinq minutes sur un réhaut incliné au brossage radial. Viennent ensuite des index des heures en forte applique de formes variées (triangles, bâtons et points) qui se détachent nettement d’un cadran noir mat, complétés par un guichet de date parfaitement intégré à trois heures, affichant des chiffres blancs sur un disque de date assorti à la couleur du cadran.
Voici la dernière partie de la traduction en français, qui conclut la revue de Vincent Deschamps en conservant toute la fluidité et le ton de l'article :« Et puis, il y a deux autres cerises sur le gâteau horloger pour moi : le logo de la marque au look vintage imprimé au-dessus du pignon et un jeu d'aiguilles des heures et des minutes de style Art Déco, dotées d’une finition couleur nickel brossé qui les rend aussi lisibles qu’agréables à regarder. L'aiguille des heures a une forme de feuille se terminant par une longue pointe seringue, celle des minutes est façonnée comme une flèche aux contours doux, tandis que la trotteuse s’affine vers la périphérie du cadran et se compose d'un élément en forme de flèche dont la pointe a été courbée pour contrer l'effet de parallaxe du verre saphir bombé de style "chevé". De toute évidence, et je suis sûr que vous en conviendrez, une immense réflexion a été menée pour concevoir le cadran et le boîtier de la Elka Arinis, ce qui mérite d'être pris en compte au moment de juger son prix.
La question de savoir combien nous devrions dépenser pour un design sur mesure m'a souvent empêché de dormir, et elle mérite d'être réanalysée régulièrement à travers de longues revues comme celle-ci. Après des centaines de bancs d'essai, nous savons désormais que la singularité esthétique peut s'acquérir soit pour l'équivalent d'un menu burger-frites-soda à New York, soit pour le prix d'un somptueux repas à cinq plats pour une famille de cinq personnes à Dubaï. Il doit bien y avoir une logique scientifique derrière la question du coût du design, au-delà du simple lieu géographique où se trouvent les dirigeants d'une marque. Bien que nous ne ferons pas toute la lumière sur cette question aujourd'hui, nous pouvons en revanche valider notre hypothèse de départ : dans certains cas, il faut accepter de payer un peu plus que ce que l’on imagine pour acquérir un garde-temps au look singulier et parfaitement construit comme cette Elka Arinis AF02-1202. Quand on prend en considération les matériaux dont elle est faite, la qualité de sa fabrication, son niveau de finition (qui, je l'espère, transparaît sur les photos) et la fraîcheur absolue de son design, on ne peut qu'admettre que 2 262,50 $ est un juste prix.De plus, je vous invite à placer l'Arinis côte à côte avec des plongeuses suisses populaires de grandes marques traditionnelles vendues dans la même gamme de prix, afin d'étudier leurs différences en matière de spécifications et, bien sûr, de design. Je pense évidemment à la nouvelle Longines HydroConquest qui a fait la une de tous les magazines en ligne et envahi les chaînes des youtubeurs, et dont la technologie surpasse celle de la Elka, mais dont le design est beaucoup moins... "inspiré", dirons-nous.
Bien que la Elka Arinis AF02-1202 soit splendide dans cette version noire au lémiscent vieilli, la marque a en réalité sorti de multiples déclinaisons du modèle : j'en ai compté pas moins de 25. Elles se déclinent en plusieurs couleurs de cadran — noir, rouge ou bleu ensoleillé —, avec du Super-LumiNova patiné ou blanc, ainsi que des options avec ou sans date, le tout proposé sur une grande variété d'attaches telles que des bracelets en caoutchouc, en maille milanaise ou des bracelets en nylon de style NATO. Il existe donc de nombreuses façons de profiter de cette plongeuse suisse unique et de rentabiliser au maximum ces 2 262,50 $. Enfin, je vous encourage vivement à parcourir le catalogue de la marque, qui regorge de styles variés et vous permettra de mieux comprendre l'identité d'Elka et ce qu'elle apporte au marché.Merci pour votre lecture.